Il enfonce sa casquette pour cacher ses oreilles. A 12 ans, Walid a appris à soustraire son visage au regard des autres. Un visage plein de taches de son mais surtout défiguré par un mal rare, "la maladie de la lune". La lumière du jour fait pousser sur sa peau des tumeurs que des bistouris doivent au plus vite retirer. Emportant à chaque fois un petit bout du visage de Walid.
L'enfant est algérien, comme ses parents qui ont traversé la Méditerranée, en juin 2006, pour qu'il soit soigné. À Marseille, des assistantes sociales, des médecins ont permis que l'enfant soit scolarisé, suivi, entouré, aidé psychologiquement... À Annaba, au nord-est du pays, ce n'était pas possible, faute de filtres sur les vitres de l'école, de prise en charge spécifique. Ses parents s'étaient heurtés à l'indifférence. Alors Walid restait reclus chez lui.
L'appartement de ses parents, à Marseille, a été équipé tout comme la voiture qui, chaque matin, conduit Walid de son domicile jusqu'à son école, un établissement spécialisé de l'Éducation nationale ouvert aux "enfants de la lune". Walid a enfin pu obtenir une tenue pour se protéger du jour, une protection anti-UV à 100%. "Dans un tissu fabriqué par la Nasa", explique fièrement son père.
C'est dans ce drôle d'accoutrement d'apiculteur que Walid était l'autre jour au tribunal administratif. Ainsi vêtu, il attirait l'attention des trois juges qui doivent statuer prochainement sur l'expulsion de sa mère. Après avoir accordé deux autorisations provisoires de séjour de six mois à cette femme - c'était le père ou la mère au choix, pas les deux -, le préfet a signé, le 5 novembre dernier, un refus de renouvellement d'autorisation de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois.